
Les Grands Jours en Bourgogne
Coup de projecteur sur les millésimes 2023 et 2024, avec une dégustation du Clos Vougeot 2016

Une récente visite en Bourgogne, organisée à l’occasion des Grands Jours de Bourgogne, a offert une occasion rare et complète d’évaluer l’évolution des derniers millésimes à travers la Côte d’Or et au-delà, jusqu’à la Côte Chalonnaise. Au cours de plusieurs journées de dégustations – couvrant le Chardonnay, le Pinot Noir et l’Aligoté – l’ampleur et la diversité de la région se sont révélées avec une clarté remarquable. Une attention particulière a été accordée à Volnay et Pommard, deux appellations qui, dans ce contexte, ont livré des interprétations particulièrement convaincantes et nuancées. Une exploration ciblée de Meursault a confirmé son statut de référence pour le Bourgogne blanc, où les vins continuent de se distinguer par leur précision, la profondeur de leur texture et leur clarté minérale. Parmi les zones moins connues, Monthélie s’est révélée être une découverte particulièrement significative. Son paysage à lui seul la distingue : plus varié que celui de nombreuses zones voisines, avec des expositions de vignobles qui s’étendent au-delà des coteaux classiques orientés à l’est. Une mosaïque similaire d’orientations peut être observée sur la colline de Corton, où la diversité des expositions contribue à la complexité expressive des vins.
Le millésime 2024 est un millésime d’extrêmes ; en effet, à première vue, 2024 semblait voué à être un millésime difficile. Mais la saison de croissance a été marquée par des défis de taille. Les précipitations ont dépassé les 1 200 mm dans certaines zones, tandis qu’un printemps froid et humide a entraîné une forte pression du mildiou. La floraison a été irrégulière, avec une coulure et un millerandage généralisés, en particulier sur la Côte de Nuits. Certaines appellations ont été particulièrement touchées : Nuits-Saint-Georges, suivie de Vosne-Romanée et d’une grande partie de la Côte nord. Les rendements ont chuté à des niveaux rarement observés dans la Bourgogne moderne, généralement compris entre 10 et 18 hectolitres par hectare, certaines parcelles tombant même en dessous de ces seuils.
À l’opposé, l’année 2023 a souvent donné 40 à 45 hl/ha, soulignant l’ampleur de la différence. À bien des égards, ces chiffres rappellent les millésimes à faible rendement des années 1980. Pourtant, le mois d’août s’est avéré décisif. Un retour à des conditions plus chaudes et plus sèches a permis aux raisins restants de retrouver leur équilibre et d’atteindre la maturité phénolique. Les vendanges ont commencé fin août en Côte de Beaune, se sont poursuivies en Côte de Nuits et se sont prolongées jusqu’à fin septembre pour les parcelles à maturation tardive. Cette amélioration en fin de saison a été cruciale pour préserver la qualité des fruits qui avaient survécu. En cave, l’année 2024 a exigé une grande précision technique. Des teneurs en sucre plus faibles et une maturation inégale ont nécessité une sélection rigoureuse et une vinification délicate.

Malgré ces contraintes, les résultats ont dépassé les attentes. Les vins, bien qu’en quantités extrêmement limitées, font preuve de concentration, de précision et de clarté. Les meilleurs d’entre eux allient fraîcheur et structure, laissant entrevoir un solide potentiel de garde. Ainsi, les rouges sont plus discrets et ont besoin de temps pour s’exprimer pleinement, tandis que les blancs séduisent d’emblée, se caractérisant par leur tension et leur précision.
Une comparaison avec le millésime 2014 de Bourgogne est tentante, mais 2024 semble le surpasser en termes de qualité globale au verre. Avec des rendements exceptionnellement faibles, les vins affichent une profondeur et une pureté remarquables. À Meursault en particulier, les meilleurs exemples trouvent un équilibre entre fraîcheur et maturité, même si l’on remarque une certaine convergence stylistique entre les producteurs. Au final, 2024 est un millésime d’adaptation et de succès discret, défini non pas par la puissance, mais par la précision, la retenue et la transparence.
Le millésime 2023 : charme, accessibilité et générosité. Contrairement aux années précédentes, 2023 se caractérise moins par l’adversité que par une générosité naturelle. Une saison de croissance chaude et relativement stable a donné des rendements abondants et des vins d’une grande accessibilité. Le style se caractérise par : des profils fruités expressifs (baies rouges, fruits mûrs du verger) ; des structures équilibrées, sans lourdeur excessive ; une accessibilité précoce, même dans les appellations les plus prestigieuses.
Par rapport aux millésimes plus puissants, 2023 privilégie le charme à l’intensité. Les vins sont souvent ouverts et accueillants, avec des tanins plus souples chez les rouges et des textures plus rondes chez les blancs. Si les pinots noirs sont souples, aromatiques et déjà accessibles, le chardonnay se montre généreux, parfois moins tendu que lors des millésimes plus frais. Bien qu’il ne manque pas de qualité, 2023 n’atteint pas toujours la profondeur ou la concentration des millésimes plus structurés. En revanche, il offre immédiateté et buvabilité, ce qui le rend particulièrement attrayant pour une consommation précoce.
