
Querciabella, un domaine qui a accompagné la renaissance du Chianti Classico
Au cœur du Chianti Classico, le domaine fondé par Giuseppe « Pepito » Castiglioni incarne depuis cinquante ans l’une des expressions les plus exigeantes du renouveau des vins toscans.

Sur les hauteurs du Chianti
Depuis les collines de Ruffoli, au-dessus de Greve in Chianti, le regard porte loin. Les rangs de vignes ondulent entre les bosquets de chênes, les villages de pierre apparaissent au détour des collines et, par temps clair, Florence se devine à l’horizon. Certains jours d’hiver, les crêtes des Apennins se dessinent même au loin, légèrement enneigées. C’est dans ce paysage emblématique de la Toscane centrale que Querciabella a construit, au fil des décennies, une identité singulière parmi les grands domaines du Chianti Classico.
La vision de Pepito Castiglioni
L’histoire du domaine débute au début des années 1970 lorsque Giuseppe « Pepito » Castiglioni, entrepreneur lombard ayant fait fortune dans l’industrie de l’acier et dans les infrastructures pétrolières, décide d’investir dans la viticulture. Amateur de grands vins européens, en particulier de Bourgogne et de Bordeaux, il nourrit une ambition claire : produire en Toscane des vins capables de rivaliser avec les grandes références internationales. En 1974, il acquiert une propriété située sur la colline de Ruffoli, près de Greve in Chianti. À cette époque, la réputation du Chianti reste encore fragile et largement associée à des vins simples vendus dans les célèbres fiasques paillées. Castiglioni entend rompre avec cette image et construire un domaine entièrement tourné vers l’excellence.
L’influence de Giacomo Tachis
Pour concrétiser cette vision, Giuseppe Castiglioni s’entoure très tôt d’un acteur majeur du renouveau des vins italiens : l’œnologue Giacomo Tachis. Déjà impliqué dans la création de vins devenus mythiques comme Sassicaia, Tignanello ou Solaia, Tachis joue un rôle déterminant dans la transformation qualitative de la viticulture toscane. Sa collaboration avec Querciabella contribue à inscrire le domaine dans la dynamique qui donnera naissance aux « Super Toscans », ces vins qui bousculent les règles traditionnelles des appellations pour privilégier la qualité et l’expression du terroir.
Des cuvées emblématiques
Le premier grand vin du domaine, Camartina, voit le jour avec le millésime 1981. Assemblage de Sangiovese et de Cabernet Sauvignon, il s’impose rapidement comme l’une des cuvées emblématiques de cette nouvelle génération de vins toscans. Au fil des années, Querciabella développe un portefeuille de vins qui renforce sa réputation internationale. Parmi eux figure Batàr, un grand vin blanc toscan inspiré des grands blancs de Bourgogne et élaboré à partir de Chardonnay et de Pinot Blanc. Aujourd’hui considéré comme l’un des grands blancs d’Italie, il illustre l’ouverture stylistique du domaine. Querciabella produit également Palafreno, un merlot issu d’une parcelle unique, ainsi que plusieurs expressions de Chianti Classico centrées sur la pureté et l’élégance du Sangiovese.
Une viticulture pionnière
Après la disparition de Giuseppe Castiglioni en 1993, son fils Sebastiano Cossia Castiglioni reprend les rênes du domaine et poursuit la quête d’excellence initiée par son père. Sous son impulsion, Querciabella renforce encore son identité et s’engage résolument dans la viticulture durable. Le domaine devient l’un des pionniers de l’agriculture biologique en Toscane dès la fin des années 1980 avant d’adopter progressivement une approche biodynamique au début des années 2000. Cette philosophie s’accompagne d’un choix rare dans le monde du vin : l’exclusion complète de produits d’origine animale dans la vigne comme au chai.
Une mosaïque de terroirs
Aujourd’hui, Querciabella exploite près d’une centaine d’hectares de vignobles répartis dans plusieurs communes historiques du Chianti Classico, notamment Greve, Radda et Gaiole. Les vignes, situées entre environ 350 et plus de 600 mètres d’altitude, reposent sur une mosaïque de sols et de microclimats qui participent à la complexité et à la précision des vins. Le domaine s’inscrit également dans l’évolution récente de l’appellation à travers le projet des UGA, les Unità Geografiche Aggiuntive. Ce système vise à mieux identifier les différentes zones historiques du Chianti Classico et à valoriser l’expression des terroirs. Querciabella travaille notamment sur plusieurs de ces zones, dont Greve et Lamole, afin d’affiner la lecture géographique de ses cuvées.

Une signature toscane contemporaine
Plus de cinquante ans après sa création, Querciabella incarne aujourd’hui une certaine idée du vin toscan. Une vision où l’élégance, la précision et l’expression du terroir s’accompagnent d’un engagement environnemental fort et d’une recherche constante d’équilibre. Dans un paysage viticole toscan profondément transformé depuis les années 1970, le domaine demeure l’un des acteurs qui ont contribué à redéfinir les ambitions qualitatives du Chianti Classico.
