
Grow du Monde 2026
Welschriesling : un petit cépage, un horizon plus vaste

Il existe des cépages qui sont devenus des marques mondiales, et d’autres qui survivent sous de nombreux noms différents. Le Welschriesling appartient à cette deuxième catégorie. En Italie, on l’appelle Riesling Italico ; en République tchèque, Ryzlink vlašský ; en Hongrie, Olaszrizling ; en Croatie, Graševina ; en Slovénie, Laški Rizling ; et en Serbie, de plus en plus souvent, Grašac. Des noms différents, des accents différents, mais une même question sans réponse : comment un cépage si profondément ancré en Europe centrale et du Sud-Est peut-il rester aussi sous-estimé ?
La cinquième édition de GROW du Monde, organisée pour la première fois en République tchèque et célébrée au château de Mikulov dans le cadre du festival « Welschriesling Without Borders », a apporté une réponse : en créant un mouvement avant de créer un marché. Ce concours n’est pas simplement une machine à médailles. C’est un forum itinérant réunissant des viticulteurs, des techniciens, des journalistes et des juges internationaux qui s’efforcent d’apporter au Welschriesling ce qui lui a souvent manqué : un récit commun.
Cette année, les chiffres ont été impressionnants : 356 vins en compétition, dont 344 vins de cépage et 12 cuvées, provenant de République tchèque, de Hongrie, de Croatie, de Serbie, de Slovaquie, de Slovénie, d’Italie et d’Autriche. La Moravie a dominé ce classement symbolique, remportant quatre des sept catégories et confirmant ainsi que Mikulov est l’un des terroirs contemporains les plus convaincants pour ce cépage.
Les principaux résultats parlent d’eux-mêmes, sans qu’il soit nécessaire de dresser une longue liste. Parmi les vins classés « Meilleurs de leur catégorie », le vin de glace 2023 de Martin Šebesta a remporté le prix du Welschriesling doux avec 96 points, tandis que le Late Harvest 2023 de Vinařství MiQueen s’est imposé dans la catégorie des vins secs mûrs, également avec 96 points. Vinařství No. 44 s’est imposé dans la catégorie des « vins secs jeunes » avec son « Raisins sélectionnés » 2025, et Volařík a remporté la catégorie des « vins demi-secs » avec un « Raisins sélectionnés » 2023. Les titres internationaux ont été décernés à la cave serbe Đurđić dans la catégorie « Mousseux », à Vinarija Vučurević pour son Welschriesling orange, et à la cave hongroise Folly Arborétum avec son Cédrus 2024 dans la catégorie « Cuvée ».
Parmi les lauréats du prix Platinum figuraient Martin Šebesta, MiQueen, Volařík, Vinarija Vučurević, Víno Marcinčák Mikulov, No.44, Mikrosvín Mikulov, Švásta Kadlec, Víno Ludvik, N3 Borműhely, Bzenec Chateau Winery, Balatoni Délután, Vajbar, Zelna, Verkat, Bujdosó, Kamil Prokeš, Tichý, Vinofol et Mlýnek. La provenance géographique de ces noms importe autant que les notes attribuées : cette diversité n’est pas une simple curiosité locale, mais un langage transfrontalier.
Et pourtant, le cas le plus paradoxal reste celui de l’Italie. L’Oltrepò Pavese est sans doute le géant endormi du Riesling Italico. Il comptait plus de 1 200 hectares de ce cépage en 2015 et en enregistrait encore 854,92 hectares en avril 2025, soit bien plus que le Riesling du Rhin dans la même région. Cela devrait constituer un atout stratégique, comme en témoigne la médaille d’or remportée par le domaine Colle del Bricco pour son Khione 2024. Au lieu de cela, ce cépage est éclipsé par une confusion bureaucratique et communicationnelle, souvent noyé sous une appellation générique « Riesling » qui empêche les consommateurs de comprendre ce qu’ils boivent réellement. Le résultat est presque absurde : la région qui possède la plus grande superficie de Riesling Italico d’Italie – plus de 1 000 hectares – n’a pas encore su en faire une identité claire.
Il y a là aussi une ironie scientifique. Malgré son nom trompeur, le Riesling Italico n’a aucun lien génétique avec le Riesling du Rhin. L’indice le plus pertinent pointe dans une autre direction : des études officielles du Conseil national de la recherche italien (CNR) relient historiquement ce cépage aux collines situées entre l’Oltrepò Pavese et la région de Tortona, où son seul parent connu, la Coccalona Nera, a été identifié. En d’autres termes, l’Italie ne possède pas seulement des hectares de ce cépage ; elle détient un pan de l’histoire de sa famille.
C’est pourquoi GROW du Monde revêt toute son importance. Il ne demande pas au Welschriesling de devenir tendance en imitant le Sauvignon Blanc, le Pinot Grigio ou le Riesling Renano. Il lui demande de se révéler à sa manière : acidité, sapidité, facilité de dégustation, accord avec les mets, potentiel de vendanges tardives, aptitude à la production de vins effervescents. Et, dans le meilleur des cas, une profondeur minérale qui récompense la patience plutôt que de réclamer l’attention à grands cris. L’édition 2026 montre que l’avenir de ce cépage ne se construira pas par un seul pays.
La Moravie a actuellement le vent en poupe, la Hongrie la confiance culturelle, la Croatie une base populaire, la Serbie une nouvelle identité autour du Grašac, et l’Italie un patrimoine viticole vaste mais encore sous-exploité. Si l’Oltrepò Pavese veut se racheter, il devrait se tourner vers Mikulov non pas avec envie, mais avec un sentiment d’urgence. Et vers la Serbie, qui s’est courageusement lancée dans son propre processus législatif visant à renommer le cépage, comme l’un des moyens de redécouvrir et de promouvoir ce cépage.
GROW du Monde est encore un concours récent. Mais sa véritable réussite est déjà évidente : il apprend à un cépage négligé à s’exprimer dans de nombreuses langues sans perdre sa voix.
