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Florent Garaudet

La force tranquille de Monthelie

À Monthelie, ce petit village à flanc de coteau situé entre Volnay et Meursault, le vin reste une affaire de savoir-faire et de conviction. Florent Garaudet, vigneron de cinquième génération, exploite un peu plus de onze hectares aux côtés de son père, en exerçant un contrôle rigoureux sur chaque étape de la production. « Nous vendangeons, soutirons et mettons en bouteille nous-mêmes », explique-t-il. « C’est ainsi que nous restons fidèles au rythme du vin. »

Issu d’une famille locale établie de longue date, Garaudet a fondé son propre domaine en 2008, passant progressivement d’une poignée de parcelles à une mosaïque de vignobles répartis entre Monthelie, Meursault, Puligny-Montrachet, Volnay et Pommard. Aujourd’hui, le domaine reste résolument artisanal et à taille humaine, Garaudet supervisant personnellement tant le travail dans les vignes que la vinification — un niveau d’implication qui définit la précision et l’identité de ses vins.

Curieux et autonome, il s’est imposé comme l’une des jeunes voix les plus lucides de Bourgogne, alliant un profond respect de la tradition à un esprit discrètement indépendant. Avant de revenir chez lui, il s’est formé à Pic-Saint-Loup et à Pomerol, devenant maître de chai au Château L’Enclos à seulement vingt-deux ans — une expérience qui a forgé son approche pragmatique et autonome. « Un vigneron doit prendre ses propres décisions. Sinon, on ne fait que suivre des instructions. »

Tant au vignoble qu’à la cave, sa philosophie est sans compromis. Les rendements sont strictement contrôlés, les vendanges sont manuelles et programmées pour une maturité physiologique optimale, et les fermentations s’appuient sur des levures indigènes. L’élevage s’effectue dans des fûts de chêne français soigneusement sélectionnés, sans collage ni filtration et avec un apport minimal en soufre. L’objectif n’est pas la finesse, mais l’expression : des vins structurés mais vivants, façonnés davantage par le terroir que par la technique.

Il y a aussi un côté moins conventionnel. Garaudet est connu dans la région pour sa curiosité : il expérimente l’Aligoté vendangé tardivement, des vinifications alternatives et des essais à petite échelle qui sortent rarement de la cave, mais qui enrichissent sa compréhension globale de l’équilibre et de la texture. C’est cette alliance entre discipline et expérimentation qui confère à ses vins leur énergie particulière.

La cave reflète cette philosophie. L’Aligoté 2023, issu de vignes de cinquante ans plantées sur des sols calcaires dans la région de Puligny-Montrachet, présente une tension saline et une profondeur discrète après un élevage prolongé — un vin qui privilégie la légèreté plutôt que le poids. 

Le Monthelie Sous le Cellier 2023 apporte des nuances florales et un boisé tout en douceur ; élégant et finement ciselé, il fait écho à la finesse de Chambolle. Dans le Monthelie 1er Cru Les Champs Fulliots 2022, les fruits rouges et une longueur en bouche mesurée remplacent la puissance brute — « un premier cru doit être jugé sur sa persistance », note Garaudet.

Plus au nord, le Pommard Vieilles Vignes 2022 — issu de trois parcelles situées sur la partie supérieure du coteau — offre des arômes de cerise, de fumée et d’épices, avec des fûts provenant de la même tonnellerie que celle utilisée par Romanée-Conti — bien que Garaudet travaille discrètement avec différentes tonnelleries, qui sélectionnent toutes du bois provenant de la même forêt.

Au sommet se trouve le Mont Helios, une cuvée issue de vignes de 90 ans, vieillie dans un bois rare utilisé pour seulement deux mille fûts dans le monde. La production reste minuscule — seulement six cents bouteilles par an, chacune mise en bouteille à la main et scellée à la cire —, soulignant l’échelle et l’intention du domaine.

« Même une appellation modeste peut viser haut », dit-il simplement. 

À Monthelie, Garaudet est en train de le prouver discrètement.

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