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The Tsar’s lost wines

Des bouteilles de Champagne, identifiées comme étant de la maison Roederer, retrouvées au fond de la mer Baltique dans l’épave d’un navire en route vers la Russie.

On croirait le scénario d’un film d’aventure, et pourtant il s’agit de l’une des histoires les plus fascinantes racontées lors des récentes célébrations du 250ᵉ anniversaire de Louis Roederer à Reims.

L’histoire a été racontée sur scène par Peter Liem, écrivain américain, critique de vin et plongeur technique. À la suite de la découverte de l’épave en 2024 par l’équipe polonaise de plongée Baltictech, Jean-Baptiste Lécaillon, chef de cave de la Maison, a lancé une mission de récupération en collaboration avec les autorités suédoises, des archéologues et une équipe internationale de plongeurs spécialisés. L’objectif était de remonter à la surface certaines des bouteilles restées intactes au fond de la mer Baltique pendant plus d’un siècle et demi.

Les opérations sous-marines ont été dirigées par Tomasz Stachura, fondateur et responsable de Baltictech, l’un des plus grands explorateurs d’épaves d’Europe du Nord. C’est son équipe qui a découvert l’épave durant l’été 2024 au large des côtes méridionales de la Suède. Le navire, d’environ dix-huit mètres de long, transportait une cargaison de produits de luxe : des caisses de Champagne Louis Roederer, des bouteilles d’eau minérale Selters provenant de l’ancien duché de Nassau, d’autres vins, de la porcelaine de table, des bols, des cruches, des carafes et de nombreux objets destinés à l’aristocratie de l’époque.

 

D’après le profil Instagram de @Peter Liem

 

Un véritable catalogue du luxe européen du milieu du XIXᵉ siècle, conservé dans les eaux froides de la Baltique pendant plus de 150 ans. Malgré l’extraordinaire durée passée au fond de la mer, le nom « L. Roederer » demeurait visible sur les collerettes et les marquages des bouchons. C’est ce détail remarquable qui a permis d’identifier les bouteilles et conduit Baltictech à contacter la Maison.

« Je n’ai jamais vu autant de cargaison sur un navire aussi petit », se souvient Stachura. « Il est impossible de savoir exactement combien de matériel se trouve encore là-dessous, mais la cale est complètement remplie jusqu’au bord. »

Les émotions sont difficiles à décrire lorsqu’on ouvre une bouteille vieille de 170 ans remontée des profondeurs de la mer Baltique. Beaucoup de bouteilles étaient vides ou présentaient des bouchons altérés par le temps. D’autres, en revanche, avaient conservé leur contenu, offrant une opportunité unique : entrer en contact direct avec le goût du Champagne du XIXᵉ siècle. Une fois ouverte, la bouteille s’est révélée étonnamment vivante. Liem la décrit comme un vin « patiné, imposant et d’une complexité indéniable », aux arômes évoquant les champignons shiitakés, le safran, l’algue kombu, le cuir de selle, la boîte à cigares et le café torréfié. Le vin conservait une vitalité remarquable et une profondeur qui, selon le critique américain, rappelaient celles d’un grand Amontillado. Jean-Baptiste a analysé le vin, qui présente une teneur en sucre de 110 g/l.

Les études réalisées jusqu’à présent suggèrent une date possible autour de 1857, bien que les vérifications historiques soient encore en cours. Si cette datation est confirmée, la bouteille aurait voyagé vers Saint-Pétersbourg près de vingt ans avant la création officielle de Cristal, offrant un rare aperçu de ce que pouvait boire le tsar Alexandre II avant que la Maison ne crée pour lui sa célèbre cuvée de prestige en 1876.

 

Bouteille de Champagne retrouvée dans l’épave, mer Baltique | @peterliem IG

 

Les bouteilles récupérées appartiennent à une époque où Louis Roederer figurait déjà parmi les principaux fournisseurs de l’Empire russe. Elles pourraient représenter un lien direct avec la Cour impériale et avec le goût qui allait contribuer à la création de l’un des vins les plus emblématiques de la Champagne. Qu’il s’agisse d’un ancêtre stylistique de Cristal ou simplement d’un envoi destiné à la cour du tsar importe finalement peu, car cette découverte confirme le lien entre la Maison et la Russie impériale, une relation jusque-là connue presque exclusivement à travers les documents historiques.

Selon Liem, c’était également la première fois que les autorités suédoises autorisaient une opération de récupération de ce type dans les eaux territoriales du pays. Le projet a mobilisé des archéologues et des historiens chargés de documenter chaque étape de l’opération. Les conditions de plongée étaient particulièrement exigeantes. L’épave repose à une profondeur comprise entre 60 et 65 mètres, dans des eaux à environ 4 °C, des conditions qui nécessitent une formation technique avancée et de nombreuses années d’expérience. « La bouteille était plus lourde que je ne l’imaginais. Ou peut-être était-ce le poids du temps et de l’histoire. Être sous l’eau et tenir l’une de ces bouteilles dans ses mains pour la première fois est une sensation indescriptible », a déclaré Liem.

Grâce à ses conditions environnementales uniques, la mer Baltique fonctionne comme une cave naturelle. Les basses températures et la stabilité du milieu ont contribué à la conservation exceptionnelle de la cargaison. La dégustation a également confirmé la qualité des vins de la Maison, héritage de la vision pionnière de Louis Roederer, l’un des premiers producteurs à investir directement dans les meilleurs vignobles de la Montagne de Reims. Les terroirs de Verzy et de Verzenay sont devenus centraux dans l’identité de la Maison et continuent aujourd’hui encore de façonner respectivement le caractère de ses prestigieuses cuvées Vintage et Cristal.

Au final, déguster l’une de ces bouteilles revenait à entrer en conversation avec les femmes et les hommes qui l’avaient créée.

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